Extrait de l'article

"Terres vierges de l'espace"

par Pierre Kast.

Philip K. Dick, quarante ans, et un émérite constructeur de labyrinthes, d'univers en expansion où foisonnent les personnages, et où les héros se perdent dans une masse, au point même que des romans paraissent dépourvus de protagonistes privilégiés. Un thème court sourdement, comme si Philip K. Dick, Suétone du futur, se faisait historien: celui des crimes, des dégradations, engendrés par l'exercice du pouvoir. Une force d'évocation convaincante, des sous-thèmes hallucinatoires, un goût marqué pour les paradoxes temporels, les armes mélées de la terreur et de l'humour, viennent se superposer à l'attaque frontale contre l'oppression et la tyrannie, et en redoubler l'efficacité. D'autant plus forte qu'elle est, au début presque invisible. Les premiers romans de Philip K. Dick passèrent inaperçus, tant la démarche cruelle du choniqueur se montrait peu à découvert. Aujourd'hui tout est clair: un homme réduit à la qualité de marchandise par les monopoles, n'est pas montré comme aliéné par une société en soi, à la manière de 1984, mais par des mystifications et les valeurs du monde capitaliste d'aujourd'hui, exaspérées par les possibilités du futur.